Quelle est notre place dans notre société ?
Sommes-nous des individus écrasés par « le système » ? Des êtres déterminés par leur classe sociale ? Des électrons libres, vivant leur petit bonheur dans une société malade ?
Quelle place voulons-nous prendre dans notre société ?
La meilleure place : celle d’actrices et d’acteurs.
Nos vies sont indissociables de la coopération sociale.
Tous et toutes, et dans toutes nos activités, nous sommes des producteurs sociaux.
– Sociaux en amont de tout ce que nous faisons : nous sommes nous-mêmes les produits d’une société qui nous donne corps, langage, outils, machines, références culturelles, imaginations, etc.
– Sociaux dans ce que nous faisons : que nous cultivions des fruits ou que nous les acheminions, que nous soyons guérisseurs ou en guérison, que nous peignions des toiles ou des bâtiments, que nous prenions soin de nos propres enfants ou de ceux des autres… Toutes nos activités ont un sens social qui dépasse nos préoccupations personnelles.
Ce qui fait de nous des êtres humains, c’est que nous produisons en société ce qui est absolument nécessaire à nos vies individuelles. Toutes et tous, nous vivons de ce que nous faisons les uns pour les autres.
Nous nommons coopération sociale cet immense processus dans lequel nous sommes de fait impliqué·e·s d’une façon ou d’une autre. C’est là que nous sommes sur nos pieds, Acteurs sociaux, Actrices sociales.
Quelle est notre tâche actuelle ?
Devenir consciemment les Acteurs sociaux que nous sommes déjà
Notre coopération sociale est actuellement organisée par-dessus nos têtes par les propriétaires des capitaux : ils n’investissent que pour rentabiliser leur capital. Ainsi, dans tous les domaines, nous nous soumettons à des intérêts privés. Nous sommes pris dans une machinerie dont la course folle mène à la destruction de la planète.
Habitué·e·s à être sans pouvoir sur le sens de ce que nous faisons dans la société, nous n’en parlons pas. Conséquence : nous n’avons même plus les mots pour en parler. Poussé·e·s ainsi à être absent·e·s de nos propres vies sociales, comme piloté·e·s de l’extérieur, nous tombons quasi sans défense dans l’illusion du chacun pour soi. C’est une vision complètement irréaliste, car nos vies seraient impossibles hors de notre coopération sociale.
Dans cette situation, notre tâche est de construire des relations sociales responsables, en décidant ensemble ce que nous voulons vivre comme société. Nous prenons notre place d’Acteurs dans le processus de production.
Prendre notre place d’Acteurs sociaux, c’est déjà renouveler notre vision du monde. C’est prendre conscience de la dimension sociale de nos vies. C’est nous découvrir ensemble orfèvres de notre propre société, immense. C’est oser exprimer un rêve pour elle. C’est penser et étudier quels sont les vents favorables à ce rêve, les points d’appui qui sont déjà là tout autour de nous.
Nous ne nous laissons plus impressionner. Ni par les exigences des actionnaires, ni par les normes et les lois, les statistiques, les résultats électoraux, tous ces faits sociaux qui semblent nous surplomber et nous canaliser. Tous ces vents contraires, nous les étudions en stratèges. Nous nous soumettons à nombre d’entre eux, mais ce n’est qu’une soumission apparente et provisoire. En sous-main, nous traquons les marges de manœuvre qui existent toujours, partout. Nous nous en saisissons tout de suite, et nous nous préoccupons de les étendre, patiemment, inexorablement.
Prendre notre place d’Acteurs sociaux, c’est forger une vision du monde tel que nous l’aimons. Cette vision, c’est notre boussole. Un horizon qui mérite que nous y engagions nos vies. Non pas un Devoir écrasant, face auquel nous sommes acculé·e·s à militer sans fin, ou à avouer notre incapacité. Non pas l’image d’un paradis, auquel le réel devrait correspondre, sous peine d’en devenir frustrant. Mais une visée qui nous inspire dans nos confrontations quotidiennes avec le réel, dans les discussions avec nos congénères. Et qui se précise à mesure que nous avançons. C’est ce que nous appelons le Projet Social.
Les Acteurs ont besoin d’un Projet Social
Que voulons-nous comme société ?
Quel Projet Social mérite notre confiance ?
Quel Projet Social est plus efficace que ce que nous impose le capitalisme ?
Notre Projet Social, c’est le fonctionnement concret d’une nouvelle société, une société que nous voyons déjà en germe « sous la croûte pourrie ». Notre Projet Social s’incarne déjà ici et maintenant, dans ce que nous faisons les uns pour les autres, comme travailleuses, parents, chômeurs, bénévoles, étudiantes. Car nous coopérons déjà – malgré la domination !
Il ne s’agit pas seulement d’éradiquer la misère, d’œuvrer pour la paix dans le monde, de sauver la culture ou d’enrayer le réchauffement climatique. Selon nous, l’enjeu crucial est de devenir ensemble capables de construire des relations sociales dignes d’être vécues. A petite échelle comme à grande échelle. Pour le moment, nos productions sont mises en relation les unes avec les autres par le rapport social capitaliste. Un rapport social opaque, oligarchique, lourd de gaspillages mortels, et qui nous nie comme Acteurs et Actrices.
Notre Projet Social, c’est la mise en place d’un nouveau rapport social, post-capitaliste. Une nouvelle manière de produire, et d’organiser la circulation de tout ce que nous produisons. Ce rapport social ne peut pas fonctionner s’il est pensé par une poignée de gens. Il doit être le fruit d’une discussion à laquelle participeront progressivement tous les producteurs et toutes les productrices de cette société.
Nous commençons maintenant. Nous partons de là où nous sommes, de notre activité quotidienne, celle que nous connaissons très concrètement. Nous imaginons comment notre propre production peut être organisée pour donner le meilleur d’elle-même. Nous agissons tout de suite, d’abord en petit, pour la renforcer dans cette direction. Et en même temps nous en parlons ouvertement, avec nos proches, avec nos collègues, avec les autres Acteurs sociaux de notre région. Nous partageons les paroles d’une pratique en marche, articulées à un rêve commun en constante élaboration. Des paroles qui débouchent sur des solidarités concrètes, sur des idées de coordination. Ainsi nous prenons progressivement le contrôle de notre production, puis de l’interconnexion entre notre production et celle des autres. C’est un mouvement conscient, déterminé, prêt à assumer des rapports de force.
C’est ainsi que nous soignons jour après jour les germes d’une nouvelle société.