Edito – Journal 2

Plein Jour poursuit sa route.

Dans le No1 du journal, paru l’été dernier, nous avons planté les grands axes de notre travail.

Les discussions que nous avions entre nous se sont alors élargies à vous toutes et tous, nos lecteurs et lectrices. Ça devient palpitant ! C’est justement le but du journal.

Les très nombreux retours que nous avons reçus nous ont beaucoup aidé·es à voir le travail qui est devant nous. Merci !

Dans le No1 nous avons tenté de mettre en lumière ceci : quoi que nous fassions nous sommes toujours Acteurs et Actrices de notre société.

Et aussi : les rapports dans lesquels nous agissons et travaillons les un·es pour les autres sont foncièrement notre affaire, même s’ils sont instrumentalisés pour réaliser des profits privés, des profits asociaux.

A nous de forger consciemment nos rapports sociaux !

C’est la seule manière de faire reculer leur instrumentalisation.

C’est dans cet éclairage que nous avons tourné le regard sur nous-mêmes :

Qui suis-je profondément ?

Suis-je heureux·se dans ma propre vie ?

Quel est le sens de mes actions et activités quotidiennes ?

Que m’apportent-elles ? Qu’apportent-elles à l’ensemble des êtres vivants ?

Nous avons osé nous dire que nous ne sommes pas qu’un numéro dans la masse, ivre d’impuissance.

Nous avons reconnu et valorisé le pouvoir de NOS imaginations : imaginer le sens de nos actes et de notre vie, c’est le premier acte où s’enracine notre façon personnelle, unique, de nous engager dans la société.

Nous sommes fier·es de nous être mis·es ainsi nous-mêmes au début de toute réflexion sur nos vies sociales. Nous nous sommes placé·es personnellement au cœur de ce qui se passe dans la société.

Nous avons mis le ballon devant nos pieds.

C’était juste, mais ce n’est que le début du chemin.

Comment ce beau projet peut-il RÉUSSIR, ABOUTIR à une réelle transformation sociale ? Nous ne le savons pas très bien encore.

C’est un aveu. Cet aveu nous a mis sur le chemin d’un apprentissage PRATIQUE : nous avons à acquérir un savoir-faire. Tout comme une personne qui ne sait pas monter sur un cheval.

Nous voulons apprendre à transformer concrètement nos propres vies, tout en visant la transformation de la société entière. Et nous vous invitons à venir apprendre avec nous.

Nous avons déjà ouvert trois chantiers essentiels où nous travaillons des enjeux que vous nous avez aidé·es à repérer :

Atelier 1

Nous réparons la confiance trop abîmée que nous avons en nous-mêmes et dans la société humaine,

Atelier 2

Nous construisons des stratégies praticables, gagnantes, crédibles,

Atelier 3

Nous apprenons à partager avec les personnes qui n’ont pas la même vision de la société.

Dans ce journal nous vous racontons quelques-unes de nos expériences dans ces ateliers.

Deux fils conducteurs relient ces chantiers entre eux :

1. «Transformer la société » et reconstruire nos relations sociales, c’est le même mouvement.

Le soin aux relations est le critère décisif de toutes nos initiatives

2. Reconstruire nos imaginations est le premier pas vers la victoire.

Toutes nos initiatives, toutes les transformations de nos relations sociales, commencent dans notre capacité à les imaginer nous-mêmes.

Et du coup à nous libérer des imaginations qui nous nient comme Actrices et Acteurs.

Nous ajoutons à ces trois ateliers deux petites histoires vécues, racontées par deux d’entre nous au coin du feu, dans un monde où les feux se raréfient. Si ces récits vous paraissent anodins, relisez-les. Les anecdotes qui parsèment nos quotidiens les plus ordinaires savent souvent dire, autrement que les traités, ce qui vit au plus profond de l’aventure humaine.

Bonne lecture !

Sommaire

Atelier 1 : Nous construisons la confiance

Nous partageons les fondements de nos façons personnelles

de nous positionner dans la société et dans la vie.

Les Cartons, une histoire vécue.

Atelier 2 : Nous imaginons des stratégies concrètes

Nous visualisons ensemble les processus concrets, vivants, qui pourraient

transformer réellement la société à partir des initiatives que nous prenons déjà partout.

Petite histoire vécue d’une grève qui a failli tout gagner…

Vouloir sortir d’une situation inacceptable, ça ne suffit pas.

Atelier 3 : Théâtre-enquête

Nous apprenons à soigner nos rencontres avec les personnes

qui n’ont pas suivi le même chemin que nous.

Attention, dans ce journal le masculin ne prime pas sur le féminin

« En tant que femmes, nous avons été entraînées à nous reconnaître dans des termes masculins, en les « traduisant » pour nous les approprier… Pour moi, rajouter le terme féminin c’est non seulement remettre officiellement les femmes sur le devant de la scène, mais également appuyer le fait qu’elles peuvent le faire à leur sauce, sans obligation de coller au modèle masculin. »

« Quand tu dis que féminiser les textes, tu trouves ça difficilement supportable, je te dirais que nous, les femmes, on a supporté que tout soit masculinisé, alors tu devrais y arriver aussi mon gars. »

Dans notre journal, nous avons choisi de pratiquer une écriture qui rende visible le féminin autant que le masculin.

Les mots ont un pouvoir que nous ne sous-estimons pas. Les paroles qui évoquent l’absence ou la présence de certains êtres sont tout sauf anodines. Pour nous, ciseler la qualité de nos relations sociales, cela se passe dans tous nos actes : aussi dans nos paroles.

La règle de grammaire selon laquelle « le masculin l’emporte sur le féminin » a été imposée par certains notables de l’Académie française, au XVIIème siècle (voir l’article de Wikipedia, « féminisation en français »).

Nous ne voulons pas respecter cette règle. Tous nos articles défendent l’idée que chacun·e doit prendre toute sa place dans la coopération sociale : comment pourrions-nous les écrire avec un code qui sous-entend le contraire ?

Nous oserons donc jouer avec les mots. Sans que cela implique pour nous le moindre dénigrement envers celles et ceux qui ne font pas comme nous.

Quand nous retranscrirons des discussions, nous resterons volontairement au plus près des tournures qui prédominent encore à l’oral, même parmi nous, et donc nous ne féminiserons pas systématiquement les textes. Mais dans le reste du journal, nous ferons une rupture franche : nous n’hésiterons pas à écrire par exemple « iels » pour « ils et elles ». Nous savons que ce faisant nous brusquons nos habitudes, et que celles-ci ont besoin de temps pour évoluer.

Mais la langue est en constante évolution, que nous le voulions ou non. Ces néologismes circulent déjà dans toute la francophonie, surtout hors de France, jusque dans des recommandations institutionnelles. C’est pour nous un honneur de participer à cette Histoire.

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